« UN CONCEPT ORIGINAL AVEC BEAUCOUP DE POTENTIEL »

Laurianne Ferté d’Hoir et Anthony Boucher, fondateurs associés d’un concept original monoproduit « Rice Trotters », ou la rencontre entre deux passionnés de voyages et de gastronomie aux compétences complémentaires.

Quel a été votre parcours d’entrepreneur et comment a démarré l’aventure Rice Trotters ?

Laurianne Ferté d’Hoir : j’ai fait une école de commerce et j’ai débuté dans le marketing chez Danone pendant 5 ans, via l’innovation et de belles marques comme Danette. J’ai néanmoins toujours eu une envie entrepreneuriale en sommeil qui s’est réveillée quand j’ai rencontré mon futur associé, Anthony Boucher, en octobre 2012. En commun, nous avions un goût des voyages et de la gastronomie ainsi qu’une envie entrepreneuriale très forte dans la restauration. C’est aussi la rencontre de deux profils complémentaires en termes de compétences. Anthony, c’est la partie cuisine de l’aventure. Il est chef cuisinier avec 20 ans d’expérience dans des établissements réputés et à la tête du restaurant L’Apibo à Paris. De mon côté, la culture du produit et de l’innovation avec mon expérience marketing chez Danone. J’ai quitté Danone en novembre 2013, nous avons trouvé notre point de vente en décembre 2014 et ouvert le 20 avril 2015 notre premier restaurant dans le 8e arrondissement à Paris.

Comment avez-vous financé votre projet ?

L. F. d’H. : le financement a été un vrai parcours du combattant. Le soutien de Danone, qui a subventionné une partie du projet, a été une vraie chance ainsi que l’aide d’organismes comme Paris Initiative Entreprise qui peut consentir des prêts d’honneur. Ils nous ont permis d’augmenter nos fonds propres et de financer ainsi le premier point de vente par endettement bancaire. En parallèle, nous avons aussi levé des fonds qui vont nous permettre de financer un deuxième point de vente et qui nous ont aussi servi de trésorerie pour le premier.

Que vous a apporté d’être récompensé par le Grand Prix des Jeunes Créateurs du commerce organisé par Unibail-Rodamco en 2014 ?

L. F. d’H. : le prix Unibail-Rodamco est un bon à valoir chez eux pour ouvrir un point de vente dans un de leurs centres commerciaux, sous réserve de trouver un emplacement qui convienne à tous. D’un commun accord, nous avons décidé dans un premier temps « d’éprouver » le concept dans le premier point de vente de façon à s’assurer d’avoir les reins suffisamment solides pour aller en centre commercial, ce qui s’avère aujourd’hui possible. Nous sommes donc à l’affût de ce qu’ils peuvent nous proposer.

Pouvez-vous nous présenter les particularités du concept Rice Trotters ?

L. F. d’H. : Rice Trotters, ce sont des petits plats d’ici et d’ailleurs à base de riz, pour un moment d’évasion le temps d’un repas. C’est un concept de fast-good ou fast-casual avec un ticket moyen à 12 euros. Passionnés de voyage et de gastronomie, notre idée est de faire voyager le consommateur, le temps d’un déjeuner, en lui proposant des plats à base de riz et déclinés autour d’une multitude de recettes du monde, en versions sucrées et salées. Le concept original et innovant avec un ingrédient de base, le riz, permet de nombreuses déclinaisons autant en salé qu’en sucré. Nous sommes aujourd’hui seul sur ce segment du riz cuisiné sous toutes ses formes et selon des influences qui viennent de partout dans le monde. Le riz est plus difficile à accompagner que la pâte. Une de nos spécificités réside donc dans notre capacité à inventer des accompagnements du riz pour sublimer ses saveurs. Rice Trotters est un concept monoproduit qui permet de se différencier de la concurrence. Le riz offre un potentiel énorme en termes de création culinaire. Le positionnement est celui d’une « cantine chic » qui colle bien avec le quartier et sa clientèle, constituée plutôt de CSP+ travaillant à proximité. L’offre est en outre sans gluten. La carte est intégralement renouvelée tous les mercredis pour les plats salés (2 viandes dont 1 poulet, 1 poisson, 1 végétarien, 1 risotto, 1 soupe, 1 salade). Une seule recette salée est un pilier permanent de notre carte (poulet-curry-coco) très appréciée par nos clients. Par ailleurs, nous proposons un produit inédit que nous sommes seuls à faire : les hémisphères de riz qui sont des demi-boules de riz fourrées et salés avec de multiples saveurs qui vous font voyager à travers le monde.

Quels moments de consommation travaillez-vous ?

L. F. d’H. : notre offre salé-sucré nous permet d’envisager tous les moments de consommation. Mais nous faisons les choses step by step. D’abord, il s’agissait de faire le plein sur le midi en flux naturel. L’essentiel de notre activité se fait donc sur le créneau 12h-14h. Ensuite, le petit-déjeuner, compte tenu de l’emplacement proche de bureaux. Cette extension sur le petit-déjeuner doit encore faire ses preuves. Enfin, le restaurant n’est, pour l’instant, pas ouvert le soir. Le concept le permet et nous ne nous l’interdisons pas pour plus tard dans un autre lieu plus adapté. L’ouverture sur le dîner peut être envisagée mais suppose une présentation à l’assiette plus premium et un espace plus trendy ou via le modèle de la livraison.

Quels services proposez-vous ou comptez-vous développer ?

L. F. d’H. : nous avons la chance de bien travailler avec le flux existant mais nous sommes limités par notre espace pour notre essor. Nous sommes même proches de la saturation. Aujourd’hui, nous assurons des livraisons avec des minima de commandes assez élevés, 50 euros. Et nous sommes à 70 % à emporter et 30 % sur place. J’aimerais développer sur notre propre site la vente en ligne en pré-commande, pré-paiement et en coupe-file pour faire gagner du temps aux clients, avec ou sans livraison. Ce module devrait voir le jour dans les mois qui viennent.

Quel bilan faites-vous après 10 mois d’ouverture  ?

L. F. d’H. : Rice Trotters a bénéficié d’un bon bouche-à-oreille et l’originalité du concept a permis un bon relais dans la presse. Après seulement 10 mois d’existence, les résultats sont très encourageants. Nous faisons en moyenne 150 couverts par jour. Nous travaillons aussi avec UberEats (nous dépassons certains jours 300 couverts). Nous sommes satisfaits de notre fréquentation actuelle compte tenu de la petite surface de la cuisine et de la zone de service.

Quels sont vos leviers de croissance ?

L. F. d’H. : notre premier pilier de croissance a été la croissance naturelle de la fréquentation : le nombre de clients a progressé régulièrement avec le temps grâce à un bon emplacement, un concept innovant, un bon produit, au bouche-à-oreille, à l’excellent travail de notre agence de communication « Pétillante de Com » et de l’attachée de presse Aglaé Plunian, qui a généré des retombées presse. À date, nous sommes en avance sur notre business plan donc confiants pour notre première année d’exercice. Notre développement passe désormais par celui du réseau. Nous cherchons à ouvrir un deuxième point de vente plus grand que le premier. Et l’objectif est d’atteindre 10 points de vente en propre d’ici 5 à 6 ans sur Paris. Nous souhaitons maîtriser complètement notre concept et privilégier le développement en propre. C’est un point de vue très personnel car je sais qu’il y a des entrepreneurs qui partent beaucoup plus rapidement en franchise.